Homélies et réflexions de l'abbé Richard Depairon

Homélies dominicales et réflexions de l'abbé Richard Depairon

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vendredi, août 25, 2006

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vendredi, août 18, 2006

20e dimanche du temps de l'Église

Commençons par un rappel. Ce chapitre six de l'évangile de Jean contient ce qu'on appelle le « discours sur le pain de vie ». Il commencent justement par cette révélation étonnante : « Je suis le pain de vie » et se terminent par : « Qui mange de ce pain aura la vie éternelle ». Au milieu de chacune de ces deux parties, les « murmures » des auditeurs qui ne comprennent pas ce que Jésus veut dire.
Dimanche dernier, en effet, Jésus répondait à la question « Ce Jésus, d'où vient-il ? » Aujourd'hui, dans cette deuxième partie du discours, Jésus donne le sens de sa mission terrestre : Il vient de Dieu, et il retourne à Dieu, et il invite ses auditeurs, il nous invite, à nous unir étroitement à son propre destin en mangeant « son corps livré, son sang versé ».
Il aurait pu s'expliquer ! Au contraire : ses paroles sonnent comme une provocation. Inlassablement et sous diverses formes, il répète l'inacceptable : il faut manger sa chair, boire son sang, qui sont la seule véritable nourriture, la seule vraie boisson. Il aurait pu nous expliquer qu'on ne mange pas réellement sa chair, que ces paroles une sorte de symbole. Rien de tout cela! Au contraire, Jésus insiste lourdement, sans ménagements, sans s'expliquer.
Pourquoi ? Sans doute parce qu'aucune de ces explications ne suffit à rendre compte du don qu'il nous fait de sa vie.
En mangeant le corps et en buvant le sang, nous reconnaissons le don de Dieu : c'est lui qui nous donne la vie, sa vie
. Nous reconnaissons qu'il est notre seule origine. Quand nous participons à l'Eucharistie, nous « communions », c’est-à-dire, nous partageons la même charge, la même mission que Jésus. Autrement dit, nous devenons partenaire avec le Christ. Il ne s'agit pas seulement de nourriture, de devenir les consommateurs passifs du don de Dieu. Il s'agit avant tout de partager la mission du Christ-Sauveur. Il s'agit de donner chaque jour de notre vie par amour.
Chaque Eucharistie devrait nous rendre un peu plus saint, un peu plus semblable à Dieu. C’est en ce sens que Paul nous exhorte à vivre en conformité avec notre vocation : « Prenez bien garde à votre conduite, dit-il: ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. Ne soyez donc pas irréfléchis, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur… Laissez-vous plutôt remplir par l’Esprit Saint.» Voilà une bonne manière de communier au Christ.

samedi, août 12, 2006

19e dimanche du temps de l'Église

Elie est découragé, désespéré même ! Cela ne lui ressemble guère. Il n’a même plus le courage de se révolter : « Reprends ma vie », disait-il à Dieu. Ce Dieu pour lequel il s'est toujours battu, voilà qu'il le considère maintenant comme celui qui « reprend la vie », celui qui donne la mort…
Dieu va se manifester au contraire comme celui qui réveille, qui remet debout et qui nourrit pour la longue marche, la longue marche de la vie, la marche vers Dieu. Élie ira jusqu'à la mystérieuse rencontre de l'Horeb : là où on ne peut pas aller plus loin, parce que l’on atteint le sommet de la rencontre avec Dieu.
Et nous ? Quelle est notre route, vers où allons-nous ? Quelle est notre destinée, qu’est-ce qui nous motive dans la vie ?
Quand on part en voyage, on suit un itinéraire, on poursuit un but, un objectif. Dans la vie, c’est la même chose. Si nous voulons vivre, et non pas seulement survivre, il nous faut un idéal élevé. Dieu, voilà notre quête véritable, notre aspiration intérieure.
À ses contemporains rassemblés autour de lui, dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus déclare de façon abrupte : « Je viens de Dieu ». Or, ils connaissent son origine terrestre : ce Jésus, on le connaît : c'est le fils de Joseph, on connaît son père et sa mère ! Comment pourraient-ils admettre que cet homme, présent devant eux « en chair et en os », est « de Dieu » ? Eh bien oui, nous dit Jésus, je suis « de Dieu », mais pour le croire, il faut que le Père vous inspire, qu'il souffle sur vous. La foi est un don de Dieu. Elle ne s'acquiert pas au bout d'un raisonnement, si pointu soit-il. « Personne ne peut venir à moi, dit Jésus, si mon Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi. » Voilà ce que Jésus nous explique aujourd'hui dans ce passage d'Évangile. Essayons maintenant de concrétiser ce qu'il nous dit.
Il s'agit d'un double mouvement : celui de Dieu vers l'homme et celui de l'homme vers Dieu.
Le mouvement de Dieu vers l'homme est personnalisé en Jésus.
Il se définit lui-même comme « le pain qui vient du ciel ». Voici donc Jésus devant nous, avec nous, bien humain mais tout rempli de la vie de Dieu et désireux de nous la faire partager.
Le second mouvement engage notre liberté. Car, c'est cela la foi : une confiance totale qui me met en route vers Celui qui vient à moi, pour me nourrir de sa Parole. Tout vient de Dieu. Tout est en lui. L'Évangile nous porte au cœur de la connaissance du Christ, nous oblige même à ne pas en rester à quelques clichés.
Jésus se présente donc à nous comme notre nourriture. Il se donne pour que nous ayons la vie. C'est cela, l'être même de Dieu : se déposséder de soi pour que l'autre vive. Et pour nous, il en va de même :
vivre de la vie de Dieu, c'est être capable de nous donner entièrement aux autres.

vendredi, août 04, 2006

LA TRANSFIGURATION

« Il est heureux que nous soyons ici… » Pierre semble obnubilé, fasciné par le spectacle qui s’offre à lui. Il est comme envahi par le désir des choses éternelles. Comblé de la joie de cette vision, il souhaite habiter avec Jésus, immortaliser l’événement : « Dressons donc trois tentes », dira-t-il, « une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Mais Dieu avait un autre plan…

Replaçons le récit dans son contexte. La transfiguration se situe entre la première et la seconde annonce de la passion. Ajoutons à cela que la présence de Pierre, Jacques et Jean sera à nouveau sollicitée au moment de l’agonie de Jésus à Gethsémani. Vous voyez le lien ? Avant l’épreuve de la croix, les disciples bénéficient d’une révélation particulière : c’est la vision béatifique avant l’épreuve de la Croix.
Précisons également que la transfiguration de Jésus se trouve au centre de l’évangile de Marc. Elle est, en fait, non pas le sommet, mais le résumé de toute la révélation. Moïse et Élie sont là. Le premier rappelle la Loi et le second représente les prophètes. Ce sont donc les deux piliers les plus officiels de l’Ancien Testament qui sont convoqués à la transfiguration de Jésus.
Puis, il y a la nuée, cette mystérieuse présence de Dieu. Et pour conclure cette manifestation, la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le. ». Pour les témoins de l’événement, il ne devrait plus y avoir de mystère.
Pourtant, il faudra la mort de Jésus et sa résurrection pour que les disciples saisissent le sens de ce qu’ils ont contemplé. Mais, rassurons-nous. Lorsque Pierre, une fois raffermi dans sa foi, voudra garantir la solidité de son enseignement, c’est à la transfiguration qu’il se réfèrera.
Par la transfiguration du Seigneur, le Père nous révèle la beauté de Dieu. C’est à cela que nous sommes appelés : la transfiguration est le sommet de notre vocation de chrétien. Sans jamais douter des promesses de joie éternelle, comment dans notre vie de tous les jours pouvons-nous être une petite fenêtre qui laisse entrevoir la beauté de Dieu ?

vendredi, juillet 28, 2006

17e dimanche du temps de l'Église

La multiplication des pains est le seul miracle à être raconté par les quatre évangélistes. C’est dire l’importance de cet événement. Nous sommes en pleine saison estivale et, qui plus est, sur le bord d’un lac; l’herbe est verte, généreuse ! Quel décor merveilleux pour situer le miracle de la multiplication des pains. Mais, en fait, est-ce là ce qui est le plus important? Serions-nous comme cette foule qui entoure Jésus, simplement parce qu’elle a vu des signes ?
Jésus pose un geste qui soulève l’enthousiasme : « il n’y avait que cinq pains et deux poissons », diront certains. « Oui ! Oui ! Ils étaient cinq mille hommes, j’y étais », rapporteront les autres… et la nouvelle se répandra comme une traînée de poudre. Mais sauront-ils discerner dans ce geste, dans ce signe, l’intention de Dieu ?
Visiblement, Dieu ne se manifeste pas à force de miracles pour nourrir les affamés du tiers-monde. Par contre, l'Esprit du Christ suscite des gens comme l'abbé Pierre ou Mère Térésa, pour ne citer que ceux-là. Il peut aussi nous inspirer des gestes de partage. Avec quelques pains et quelques poissons, le miracle peut avoir lieu. Le miracle de la contagion du don : Dieu nourrit, certes, mais par l'intermédiaire des hommes et des femmes de notre temps.
Méprise de la foule, qui voudrait que le Christ, que Dieu, prenne directement les commandes; méprise des disciples, qui doutent que quelques poissons et quelques pains puissent nourrir tant de personnes.
Aujourd'hui, une poignée de pratiquants fréquentent nos églises, au milieu de la multitude! Trois quarts d'heure de prière commune dans une semaine, qu'est-ce que cela peut changer dans notre vie ? Eh bien, nous pouvons revivre aujourd’hui ce que les disciples ont vécu lors de la multiplication de pains. En communiant, nous donnons corps au Christ ressuscité. Car, communier, ce n'est pas d'abord se nourrir du corps du Christ, c'est : “devenir ce que nous recevons”, selon l’expression chère à saint Augustin. Devenir le Christ, par notre présence au monde, par l’amour et le partage, pour continuer ensemble l'œuvre de salut inaugurée il y a vingt siècles.

N’est-ce pas là une Bonne Nouvelle ?
Texte inspiré de différentes sources

lundi, juin 19, 2006

16e dimanche du temps de l'Église

Voilà donc les douze apôtres qui rentrent de leur première mission. Heureux, mais fatigués. On les imagine facilement exposer, avec un enthousiasme délirant, le récit de leur voyage : ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont dit, mais aussi ce qu’ils ont vu. Ils ont tant de choses à raconter à Jésus…
Mais, malheureusement pour eux, ils sont continuellement dérangés par une foule de curieux qui désirent voir Jésus. Alors, Jésus leur propose de se retirer dans un endroit désert. Le silence, le retrait du monde, la prière… voilà une belle manière de terminer leur mission. Prendre le temps de s’arrêter, pour écouter Dieu nous parler dans le silence. Rien ne saurait nous en dispenser et, chaque chrétien doit trouver de ces moments de solitude, pour faire la plénitude de Dieu.
Cette fois-ci, il semble impossible pour les disciples de prendre congé : ils partent dans une barque mais, ils sont repérés. Sans que l’on sache exactement comment cela s’est passé, la foule de curieux courut et arriva avant eux sur l’autre rive.
Quelle sera la réaction de Jésus ? Nous, lorsque quelqu’un vient déranger notre repos, pourtant légitime, nous ne sommes pas toujours très accueillants. Jésus, lui, reste disponible. Il n’a pas le temps de manger, il se laisse manger. Comme l’exprime le texte, il est saisi de pitié : « pris aux entrailles ». Pourquoi ? Parce qu’il sent que cette foule a soif de Dieu et qu’elle est abandonnée comme une brebis sans berger. Alors, oubliant de se reposer, Jésus se mit à instruire la foule longuement.
Jésus est vraiment le bon pasteur, celui qui ne s’arrête pas à ses propres besoins, à sa quiétude personnelle, à son petit confort douillet. La foule a besoin de lui, elle le réclame? Jusqu’au bout, il se dévouera.
Dans la première lecture, Jérémie accuse les bergers parce qu’ils ont failli à leur tâche, parce qu'ils ont divisé et dispersé le peuple. Les " brebis " étaient pour eux une source de revenus, rien de plus.
La conclusion s’impose d’elle-même : celui qui veut être disciple de Jésus doit apprendre à se laisser manger, dévorer par les autres. Tel est le programme que Jésus propose à tous ceux et celles qui se réclament de lui. Pour Jésus, une seule vérité : aimer, en se donnant entièrement.

vendredi, juin 09, 2006

TRINITÉ

Nous avons tous été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Notre vie chrétienne est marquée par le signe de la croix. Chacune de nos célébrations eucharistiques, chaque prière : à l’église ou à la maison, avant le repas ou en se levant. Le Signe de la croix est un résumé de notre foi en Dieu, c’est notre première profession de foi. Pourtant, pour parler de la Trinité, les mots nous manquent.
C’est que trop souvent, il me semble, nous cherchons à expliquer la « Trinité » alors qu’il suffit d’en vivre.
Du coup, on fait forcément fausse route. Un Dieu en trois personnes, dit-on, consubstantielles, c’est-à-dire, de mêmes natures et pourtant distinctes l’une de l’autre. Vous comprenez quelque chose à ce charabia ? À force de vouloir préciser la foi en Dieu et éviter certaines erreurs de doctrine, nous avons rendu la Trinité incompréhensible, abstraite et inutile.
Or, l’originalité de la foi, trop méconnue par les chrétiens eux-mêmes, est de croire en un Dieu qui est en lui-même communication amoureuse. Dieu, tel qu’il se révèle en Jésus Christ, se manifeste comme unité de communion, comme mouvement de dons. Le Père est ouverture de tout don ; il donne et se donne. Le Fils se reçoit du Père, il est grâce au Père. Et l’Esprit, pourrait-on dire, est le lien entre les deux, il désigne ainsi la gratuité sans limite.
La confession trinitaire n’est donc pas le fruit d’une spéculation. Je n’ai ni preuve, ni explication scientifique. Pour tout dire, je comprends à peine comment Dieu fait pour vivre cette relation en lui-même, mais, ce dont je suis sûr, c’est que le vrai visage de Dieu, c’est Jésus qui nous le révèle. Il nous parle de Dieu comme d’un Père qui trouve sa joie à tout donner. Il nous apprend qu’il est le Fils bien-aimé depuis toujours et qu’il partage tout avec le Père. Et, c’est encore Jésus qui promet l’Esprit qui renouvellera la face de la terre et qui prolongera sa présence parmi nous. Un tel Dieu, le Dieu vivant, est Père, Fils et Saint Esprit. Et « il n’y en a pas d’autre ».
On voudrait que Dieu soit à notre image, mais c’est nous qui sommes à son image. À l’image de la Trinité, nous sommes appelés à former des familles et des communautés unies, dans le respect de nos diversités. Transformer nos solitudes en solidarité, voilà notre mission de Fils et de filles de Dieu.
Rappelons-nous, la foi n’est pas de croire que Dieu existe, mais de croire que j’existe pour Dieu. Par lui, avec lui et en lui, osons vivre comme Dieu, amoureux et entièrement donné.

samedi, juin 03, 2006

PENTECÔTE, année B

À la pentecôte, l’Église prend naissance. Il importe cependant de dépasser la description matérielle pour saisir sa signification spirituelle. Au-delà du « violent coup de vent » et des « langues de feu », il faut entrer dans le mouvement de l’Esprit Saint. Comprenez-moi bien. Je ne remets pas en question l’aspect historique de la Pentecôte, je ne doute même pas de ses manifestations, mais ce dont il s’agit pour nous, c’est de recevoir de l’Esprit le don de la parole pour atteindre le cœur et le remuer de l’intérieur. Sans ce don, pas d’évangélisation.
Voici donc l’Église, non seulement les apôtres mais toute la communauté. Le texte insiste : « ils se trouvaient réunis tous ensemble ».
Pour réveiller la foi de la communauté, pour renverser les routines, les barrière légalistes, les peurs et les paresses, rien de tel qu’un « violent coup de vent ». La communauté s’essouffle ? Elle manque de motivation ? L’Esprit se fait foudroyant et pénétrant, tel un feu brûlant.
Réveillée, animée d’un feu divin, la jeune communauté va recevoir le don de la parole et la mission de proposer Jésus Christ à toutes les nations.
Les différentes langues expriment évidemment l’universalité de l’Église faisant craquer les cadres racistes et nationaux.
L’effet de cette plénitude de l’Esprit Saint est visible : les disciples, jusque-là timides, se mettent a parler, à proclamer les merveilles de Dieu, chacun selon le don particulier de l’Esprit.
Paul parle d’affrontement. « Vivez sous la conduite de l’Esprit », répétera-t-il sans cesse. Les commandements, les lois morales sans l’Esprit du Christ, n’ont rien de bon. Mais si nous avons l’Esprit de Jésus, plus besoin de lois, il n’y a plus de loi qui tienne. Nous faisons le bien poussé de l’intérieur. Aller à la messe parce que c’est un ordre, rester fidèle à son partenaire parce que c’est un commandement, ne fera jamais qu’une morale d’esclave. « Aime et fais ce que tu veux », disait Saint Augustin. Accédons à une conduite d’hommes libres.
Ainsi donc, l’Esprit nous travaille dans deux directions : d’une part, il nous protège d’un monde hostile devant lequel il nous rend intrépides. Jésus l’appelle notre défenseur, en grec le Paraclet, l’avocat, qui prendra notre cause en main quand nous ferons face à la contradiction. D’autre part, il nous conduit vers le Christ Jésus. Il nous met en communion avec lui. C’est l’Esprit de vérité. Il nous dira tout ce qu’il aura entendu. L’évangile resterait lettre morte si l’Esprit ne le faisait parler en nous.

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